Témoignages d'accompagnateurs

Depuis une dizaine d’années, Denise BOUGEARD et Jean CREBASSA accompagnent des adultes qui demandent le baptême ou la confirmation. Ils sont tous les deux en retraite. Paroles & Gestes les a rencontrés.

Paroles&Gestes : Pourquoi avoir choisi d’accompagner des adultes vers le baptême ou la confirmation.
Jean CREBASSA :
Pour ma part j’étais avec mon épouse engagé dans l’aumônerie des lycées et donc après avoir fait l’accompagnement des jeunes de 16 à 18 ans pendant un certain nombre d’années, il nous est venu l’idée que l’on pouvait accepter des responsabilités auprès d’adultes. C’est sur sollicitation de l’équipe pastorale que nous sommes intervenus, ma femme et moi.

P.&G. : Vous, Denise BOUGEARD, c’est aussi sur proposition du prêtre ?
Denise BOUGEARD :
Oui, il y avait trois personnes qui demandaient le baptême, le prêtre nous a demandé de les accompagner. Au début on était un petit peu méfiant parce qu’on ne savait pas trop comment gérer la chose. On n’était pas du tout formé. Avec mon mari, nous avons dit oui.

P.&G. : Comment se forme-t-on à accompagner des adultes vers un sacrement ?
J.C : Ca demande le temps de la réflexion et le temps de la relecture de textes que l’on avait peut être laissé au fond d’un tiroir et retour aux vraies valeurs que l’on peut retrouver dans les textes de l’évangile. C’est une remise en question personnelle importante à partir du moment où l’on veut assumer sa responsabilité avec cœur et avec foi surtout.
D.B : Au début on a démarré simplement avec des textes qui nous étaient proposés puis au fil de l’accompagnement petit à petit on a réfléchi. On répondait aux questions et ensuite on mettait tout en commun après avec le prêtre en écoutant surtout le cheminement de la personne que l’on avait en face de nous.

P.&G. : Le cheminement vers le baptême est-il différent de celui qui mène à la confirmation ?
J.C :
Les situations sont très différentes en ce sens que vous avez des baptisés qui n’ont eu aucune éducation religieuse à la suite de leur baptême et qui, à 25 ans, se demandent : “Pourquoi j’ai été baptisé ? A quoi ça correspond-il ?” Une maman voyant son fils suivre un parcours a demandé : “Moi, je me suis éloignée. Est-ce que je ne pourrais pas essayer de comprendre en accompagnant mon fils ?” Elle a eu l’idée de partir vers la confirmation. Un homme a demandé le baptême. Il avait fait de la prison, consommé de la drogue, s’était retrouvé dans des situations épouvantables. Et puis allez savoir pourquoi, l’Esprit-Saint a fait son travail pour arriver à lui dire : “Il serait peut-être temps de se poser les bonnes questions.” Il chemine depuis plusieurs années.
D.B : C’est souvent à l’occasion d’un événement dans la vie, que ce soit un deuil, que ce soit la maladie que se produit le déclic : “On vient d’enterrer notre père, qu’est-ce qui se passe après ?” C’est important d’être là à ce moment pour pouvoir répondre ?

P.&G. : Quelles sont les attentes que vous percevez de la part de ces catéchumènes vis-à-vis de l’Eglise ?
J.C : Ils viennent poser des questions, chercher des réponses, de la chaleur humaine et puis voir comment ils peuvent mettre Dieu au cœur de leur vie. Pour nous ce n’est pas toujours simple. Ce sont des questions auxquelles nous n’étions pas habitués dans la vie courante. C’est motivant et en même temps parfois inquiétant et difficile.

P.&G : Parfois inquiétant, c’est-à-dire ?
J.C : On se retrouve confronté à des questions auxquelles on ne sait pas apporter tout de suite la réponse. On est même bousculé parfois par une foi et une conviction qui sont bien plus fortes que les nôtres. Ca nous remet en cause nous-mêmes.

P.&G. : Comment est-ce que l’accompagnement se poursuit après ?
D.B : Le jour où ils sont baptisés, il y en a qui ne s’en occupent presque plus, d’autres que l’on revoit dans les rencontres ou dans le quotidien de tous les jours. A ce moment-là, il y a quelque chose qui reste, il y a des échanges. Quand il y a la communion d’un côté puis la confirmation après, cela nous donne le temps de poursuivre ce qui a été commencé.

P.&G. : Vis-à-vis de la communauté paroissiale, est-ce que l’intégration arrive à bien se faire ?
J.C : Il y a un certain nombre d’opérations que l’on appelle les scrutins qui permettent à ces catéchumènes de prendre contact dans l’Eglise et de trouver place dans la communauté, d’être accueillis, chaleureusement entourés. Des liens forts en l’espace d’une messe se sont créés. C’était suffisamment fort pour que le catéchumène se sente dans une famille.

P.&G. : Finalement qu’est ce que ça vous apporte personnellement l’accompagnement de ces catéchumènes ?
D.B :
Moi je trouve que ça m’a apporté beaucoup parce que j’avais reçu une religion de tradition. On file tranquillement sur notre petite routine et puis tout d’un coup on se rend compte qu’il y a quelqu’un derrière : “Dieu existe. Il est déjà au travail dans le questionnement de ces gens là et on se rend compte de sa présence réelle dans nos vies et dans la leur. La force de l’Esprit-Saint aussi travaille en sous-marin”.
J.C : C’est effectivement ce que dit Denise. On était installé dans une routine. Compte tenu de notre âge, on avait connu une formation un peu scolaire où l’on répétait les choses un peu sans réfléchir. Au fil des ans bien entendu, on a formé notre cœur. Le fait d’aller à la rencontre de gens qui avaient des questions dérangeantes, nous oblige à nous resituer. J’essaie, comme dit Denise, de mettre Dieu au milieu de ma vie.


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